Les Rencontres de l’ophtalmologie, de l’audiologie & de l’innovation 2026
Les deuxièmes Rencontres de l’ophtalmologie et de l’Innovation, qui s’ouvrait cette année à la thématique de l’Audiologie, ont réuni experts, industriels et assureurs pour dessiner l’avenir de la santé sensorielle.
Mardi 30 juin 2026, la Maison des Travaux Publics à Paris a accueilli la 2ème édition des « Rencontres de l’ophtalmologie, de l’audiologie & de l’innovation : enjeux de santé publique, économiques et assurantiels ». Pour la première fois, l’audiologie a rejoint l’ophtalmologie pour cette soirée qui a réuni médecins, chercheurs, industriels et assureurs santé. Au cœur des débats : les avancées scientifiques, les défis économiques et l’urgence de la prévention santé. Pendant près de trois heures, les participants ont exploré les avancées médicales et scientifiques, les défis économiques et les enjeux de santé publique liés à la vision et à l’audition. Une soirée riche en échanges, animée par la journaliste Vicky Bogaert, et marquée par des interventions d'acteurs majeurs référents parmi lesquels : Pr Christophe Baudouin, Serge Picaud, Pr Denis Ayache, Pr Vincent Couloigner, Pr Dominique Bremond-Gignac, Pr Aude Couturier, Florian Sennlaub…, également, le Pr José-Alain Sahel, lauréat du prix Wolf de médecine, directeur de Vision Institute à Pittsburgh aux USA. La conférence a été conclue par le témoignage tonique et inspirant de Jade Maréchal, escrimeuse de l’équipe de France et atteinte de surdité unilatérale.
Une ouverture qui replace la recherche au service des patients
La conférence s’est ouverte par poursuivie par un duplex avec le Pr José-Alain Sahel, depuis Pittsburgh, où il a conçu et dirige le Vision Institute. Le fondateur de l’Institut de la Vision, récemment récompensé par le prestigieux prix Wolf de médecine et lauréat 2026 de la prestigieuse médaille Proctor par l’ARVO, a rappelé qu’« il n'y a pas de place pour la compétition entre les différents métiers. Il y a une complémentarité à établir entre les différentes professions, dont le seul objectif doit être de défendre la qualité des soins pour toutes les personnes qui ont besoin d'une santé visuelle adaptée ». Il a également souligné l’importance de la collaboration internationale pour accélérer les découvertes, et partagé notamment les dernières avancées en optogénétique, une approche qui redonne déjà la vue à des patients atteints de cécité. À ses côtés, le Pr Christophe Baudouin, Chef du service d’ophtalmologie de l’Hôpital national des 15-20 et directeur de l’IHU FOReSIGHT, a souligné qu’une des forces de l’écosystème unique de cet institut hospitalo-universitaire est d’accélérer le passage en clinique grâce à la recherche translationnelle. Il a ainsi mis en avant deux exemples de réussite de l’IHU : la thérapie génique indépendante des gènes, et les prothèses rétiniennes. Pour sa part, Serge Picaud, directeur de l’Institut de la Vision, a rappelé qu’un des défis était encore à l’heure actuelle de mieux comprendre comment on voit, afin de pouvoir développer des approches thérapeutiques variées pour freiner la dégénérescence voir même redonner la vue aux aveugles. « Nous pensons que la cécité n’est pas une fatalité », a-t-il déclaré, et a donné l'exemple de recherche de la sonogénétique, ou comment voir avec le son.

En photo de gauche à droite : Vicky Bogaert, Pr Denis Ayache, Pr Vincent Couloigner, Christian Renard, Pr Christophe Baudouin, Florian Sennlaub, Pr Aude Couturier, Serge Picaud, Pr Dominique Bremond-Gignac, Benoit Gers, Véronique Vayssié, Jade Maréchal, Mélanie Ordines, Mathias Hildebrand, Laurent Borella, Dr Anne-Sophie Petavy-Blanc, Bernard-Adrien Rouvière, Christian Canépa.
Trois tables rondes pour aborder quelques grands sujets
1. Prévention sensorielle : protéger la vision et l’audition dès l’enfance
La première table ronde a mis en lumière les enjeux de la prévention chez l’enfant, avec les interventions du Pr Dominique Brémond-Gignac (Chef du service d’ophtalmologie de l’Hôpital Universitaire Necker-Enfants malades et coordinatrice du Centre OPHTARA) et du Pr Vincent Couloigner (Chef du service d’ORL Pédiatrique à l’Hôpital Necker-Enfants malades). Le Pr Brémond-Gignac a martelé l’importance de contrôler le temps d’écran, s’appuyant sur une étude récente portant sur 300 000 enfants et qui a démontré que « au-delà d’une heure de temps d’écran par jour, chaque heure supplémentaire fait augmenter de 20% le risque de développer une myopie ». Et même si le Pr Brémond-Gignac a cité les nombreuses innovations disponibles pour freiner la myopie chez l’enfant, le Pr Baudouin a rappelé que la première cause de myopie dans le monde était l’absence de lunettes. D’où l’importance de la prévention. Alors comment dépister plus tôt les troubles visuels et auditifs ? Comment sensibiliser les parents et les écoles ? Le Pr Aude Couturier, directrice de l’Institut Français de Myopie, a rappelé l’importance du déterminisme génétique et des facteurs de risque dans certaines dégénérescences de la vue, et présenté des nouvelles méthodes de dépistage de la rétinopathie diabétique basées sur l’IA. Le Dr Florian Sennlaub, Chef de l’équipe Inflammation et Immunologie dans les pathologies de la rétine à l’Institut de la Vision, a quant à lui souligné le lien entre nerf vague et inflammation. Une récente étude montre que celui-ci aurait en effet une activité anti-inflammatoire. Ce qui a mené Florian Sennlaub à affirmer que, même tard dans la vie, un changement d’alimentation et la reprise d’une activité physique pouvaient agir sur le risque de progression de la dégénérescence visuelle. « Il ne faut pas se dire que c'est trop tard pour changer ces facteurs de risque » a-t-il conclu.
Côté audiologie, le Pr Vincent Couloignier (Chef du service d’ORL Pédiatrique, Hôpital Necker-Enfants malades) a rappelé que 2 enfants/1000 ont une surdité congénitale et que son dépistage se faisait dès la maternité, puis à trois mois, car un appareillage avant un an, même sur une surdité profonde, permettait d’avoir des capacités équivalentes à celles d’un enfant entendant lors de l’entrée au cours préparatoire. Enfin, le Pr Denis Ayache (Chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale à l’Hôpital Rothschild) a rappelé les premiers signes d’alerte de perte de l’audition chez l’adulte et insisté sur l’importance d’une prise en charge précoce pour éviter les handicaps durables. « Quand on commence à dire que les jeunes articulent de moins en moins, il faut se regarder dans la glace et faire un audiogramme » a-t-il affirmé dans un sourire, avant de lister les conséquences sérieuses de la perte auditive, comme l’isolement social, la dépression et le déclin cognitif.
2. Audiologie : l’innovation au service de l’autonomie
La deuxième table ronde a exploré les révolutions en audiologie. Pour ce faire, Vincent Couloignier et Denis Ayache ont été rejoint sur scène par Christian Canépa (directeur santé chez Phonak France) et Bernard-Adrien Rouvière (audioprothésiste AuditionSanté). Le professeur Couloignier a évoqué les avancées en thérapie génique pour les surdités, dont certaines sont au stade des essais cliniques en France, aux États-Unis, en Chine et en Angleterre. Il a précisé que ces thérapies permettent des améliorations auditives significatives, surtout chez les enfants atteints de surdités progressives, où il est plus facile de maintenir une audition résiduelle que de la restaurer complètement. Il a aussi souligné l’importance de l’implantation précoce des implants cochléaires (dès 9 à 12 mois) pour optimiser les résultats, ainsi que l’impact méconnu des surdités unilatérales sur le développement scolaire et la compréhension de la parole. Le Pr Denis Ayache a souligné la nécessité de considérer le patient comme un acteur actif dans sa prise en charge, plutôt que comme un simple bénéficiaire passif. Il a partagé son expérience avec les appareils auditifs, depuis leurs débuts rudimentaires dans les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, où ces technologies permettent aux patients de redécouvrir des sons oubliés (comme le chant des oiseaux) et a esquissé un futur où les nouvelles technologies et l’IA allaient impacter fortement les métiers de la santé auditive. Une affirmation reprise par Christian Canépa, qui a mis en avant le fait que son entreprise, Phonak, intègre de l’IA dans les appareils auditifs depuis 20 ans. Il a également saisi l’occasion pour présenter leur dernier produit, issu d’une technologie promettant une clarté de la parole sphérique inégalée, pour améliorer l’expérience auditive des patients. Bernard-Adrien Rouvière, audioprothésite, a souligné que le suivi personnalisé et régulier (tous les 6 mois) est essentiel pour adapter les prothèses auditives aux besoins spécifiques des patients, en combinant tests techniques, retours patients et entretien des appareils. Il a aussi évoqué l’utilisation de l’IA et du data logging pour améliorer la formation des audioprothésistes, mais aussi l’entraînement auditif des patients, avec toujours comme objectif une meilleure adoption des appareils.
3. Système de santé : entre progrès et défis économiques
La dernière table ronde a abordé les enjeux assurantiels et économiques. Elle a regroupé des représentants des différents métiers de la santé visuelle et auditive - le Dr Anne-Sophie Petavy-Blanc médecin ophtalmologiste pour le SNOF, Mélanie Ordines, orthoptiste pour le SNAO, Christian Renard, président de la Société Scientifique d’Audioprothèse et Benoit Gers, nominé « Meilleur opticien de l’année 2025 » -, comme du monde assurantiel - avec Mathias Hildebrand - directeur commercial Protection Sociale Groupe HOWDEN et président de la Commission Assurance Santé et Prévoyance PLANETE CSCA - et Laurent Borella – directeur Santé du Groupe Malakoff-Humanis & direction Partenariats et Services Santé -. Les débats ont tourné autour du 100% santé, des parcours de soins, du financement des innovations qui peuvent radicalement améliorer la qualité de vie des patients, etc. Les échanges ont mis en lumière les risques de dérives (comme l’émergence d’une fraude au remboursement des appareils auditifs que la profession reconnait « n’avoir pas vu venir ») et l’importance d’une meilleure traçabilité pour les contrer. Ils ont également permis à chacune et chacun de repositionner l’apport de leur métier dans le parcours de soins, parfois complexe. Christian Renard a quant à lui fait écho au Pr Sahel en convoquant l’idée que « tous les acteurs doivent se mettre autour de la table avec le patient au centre », précisant que les premiers patients appareillés au début du 100% santé en était au renouvellement de leurs appareils, et que si la réforme avait permis de passer de 440 000 à 770 000 personnes appareillées par an, elle n’avait cependant pas permis de rajeunir la population accompagnée. Si les discussions n’ont pas permis de combler le trou de la sécurité sociale, elles ont au moins fait émerger deux points essentiels : l’importance de la prévention santé, puissant rempart face à la prise en charge de pathologies, et le fait que l’innovation a besoin d’un modèle économique durable pour continuer à progresser.

En photo de gauche à droite : Christian Renard, Mathias Hildebrand, Pr Denis Ayache, Dr Anne-Sophie Petavy-Blanc,
Mélanie Ordines, Vicky Bogaert, Benoit Gers, Laurent Borella.
Guide-Vue.fr et Guide-Audition.fr : la rigueur rédactionnelle et la lutte contre la désinformation en santé
Lors de cet évènement, Véronique Vayssié, fondatrice de Guide-Vue.fr et Guide-Audition.fr, a rappelé l’importance d’une information médicale et scientifique neutre et de qualité. « Notre mission est de favoriser l’accès aux connaissances pour soutenir la prévention santé, facteur clé pour la santé des patients et le financement du système de soins », a-t-elle déclaré. Avec plus de 10 millions de personnes qui ont déjà consulté ses sites d’information santé et grâce une collaboration renforcée avec les institutions savantes en ophtalmologie et audiologie, cet écosystème d’information grand public, adoubé par les search IA, est devenu une référence pour les professionnels comme pour le grand public.
Un grand témoin d’envergure olympique
Pour clore la conférence, un moment fort avait été organisé : le témoignage de Jade Maréchal, escrimeuse de l’équipe de France et marraine de l’Association Nationale de l’Audition. Atteinte de surdité unilatérale depuis la naissance, elle a partagé son parcours, jusqu’à son appareillage en novembre 2025. « J'ai été vraiment très impactée, ça a littéralement changé ma vie » dans ses interactions sociales, bien sûr, mais aussi dans mon sport, puisque « lorsque l’arbitre était à ma gauche je devais le regarder pour comprendre ses commandements ». Une situation qui lui imposait un petit retard, maintenant disparu. Mais au-delà de son expérience personnelle, la jeune escrimeuse de 25 ans, qui se prépare pour les JO de 2028 à Los Angeles, souhaite faire passer le message aux plus jeunes, « qu’on peut pousser la porte d’un audioprothésiste avant ses 70 ans et que ce n’est pas si compliqué à porter ». Une envie de changer le discours qui a déclenché une nouvelle aventure, lorsqu’elle est devenue marraine de l'ANA, l'association nationale de l'audition. Son histoire a rappelé à tous que l’innovation doit aussi être une source d’inclusion.

Vicky Bogaert et Jade Maréchal
Un cocktail pour célébrer l’innovation
La soirée s’est ensuite prolongée par un cocktail convivial, où les intervenants et les participants ont pu échanger. L’occasion de rencontrer les associations de patients - Association Valentin Haüy, Association Nationale de l'Audition, Association France Acouphènes et Association SurdiFrance - ; les institutions partenaires - Insitut de la Vision, Hôpital National des 15-20, Hôpital Necker-Enfants malades, Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild - ; et de tester les dernières innovations présentées par le partenaire premium de l’évènement : Phonak.
Vers un avenir sans cécité ni surdité ?
Si une chose est sûre après cette 2ᵉ édition, c’est que la science avance à pas de géant. Entre optogénétique, thérapie génique, aides intelligentes et dépistage précoce, les outils pour lutter contre la cécité et la surdité n’ont jamais été aussi puissants. Mais comme l’a rappelé le Pr Sahel, le vrai défi reste de ne laisser personne de côté. Rendez-vous en 2027 pour de nouvelles avancées… et, surement, de nouvelles victoires contre l’obscurité et le silence.
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